Tortues de mer vertes à Tetiaroa
Chaque année, de septembre à mars, un phénomène extraordinaire se produit sur les côtes de l'atoll de Tetiaroa.
Sous le clair de lune et dans le calme qui précède l'aube, les tortues vertes (appelées honu en tahitien) émergent de l'océan pour pondre sur les mêmes plages où elles sont nées elles-mêmes des décennies plus tôt.
Les œufs éclosent 60 jours plus tard, marquant officiellement la fin de la saison d'observation en avril.
Leur retour n'est pas simplement instinctif. Il s'agit d'une alliance ancestrale entre la mer et le rivage, un cycle sacré qui perdure depuis des millénaires.
Tetiaroa est l'un des sanctuaires de nidification les plus importants de Polynésie française pour les tortues vertes, une espèce qui revêt une importance écologique et une signification culturelle profonde dans tout le Pacifique.
Le voyage d'une vie
Le cheminement d'une tortue verte femelle vers Tetiaroa commence bien avant son arrivée. Après avoir éclos sur ces mêmes rivages 25 à 30 ans plus tôt, elle a rampé sur le sable, alors qu'elle n'était qu'une émergente pas plus grand que la paume de la main, avant de disparaître dans l'immensité du Pacifique.
S'ensuivent alors les « années perdues », une période ainsi nommée par les scientifiques car il devient alors presque impossible de suivre les jeunes tortues. Pendant environ trois à cinq ans, elle a dérivé au gré des courants océaniques en pleine mer, sa carapace sombre la camouflant des oiseaux au-dessus d'elle, son ventre blanc se fondant dans le ciel lumineux lorsqu'on la regardait d'en dessous. Pendant cette phase pélagique, elle était carnivore, se nourrissant d'invertébrés et de petits poissons dérivants dans l’océan.
Presque toutes les émergentes sont dévorées par des prédateurs ou meurent de faim pendant ces années vulnérables
Finalement, alors qu'elle est presque adulte, les biologistes marins pensent que c’est à ce moment-là qu’elle met le cap vers des territoires à l’ouest de la Polynésie comme les îles Fidji. Elle change alors d’alimentation, se nourrissant d'herbes marines et d'algues pendant plus de 80 % de son temps d’éveil.
Guidée par une boussole interne imprimée lors de sa première nage effrénée en tant qu’émergente, elle traverse à nouveau l'océan. Elle retourne à l'endroit exact où sa vie a commencé, guidée par le champ magnétique terrestre et une mémoire ancestrale encodée dans son être même.
Le voyage est épuisant. Elle mange très peu pendant des mois et survit grâce à ses réserves de graisse tandis qu'elle nage près de 3000 km et s'accouple dans les eaux au large de Tetiaroa.